Les points de couchure au moyen-âge

Les points de couchures sont une famille de points de broderie, très utilisés dès le moyen-âge. Il en existe plusieurs types qui ne se travaillent pas tous exactement de la même façon et s’intègrent à différentes techniques et différents styles de broderie de l’époque.

Dans cet article, je vous propose de découvrir ces différents points à travers des exemples de broderies médiévales.


Le principe de la couchure est de broder de grands points lancés (fils couchés) et de les fixer par de petits points : les points de couchures (que Saint-Aubin nommera points rachés1 dans son ouvrage sur la broderie).

Point de Boulogne

Le point de Boulogne est le point de base d’un grand nombre de points de couchure. Il a été utilisé aussi bien pour réaliser des coutures décoratives et des ourlets2 que des motifs de broderies linéaires ou des broderies de remplissage. Il est également très utilisé en broderie d’or.

Ici le point de Boulogne est travaillé de manière linéaire pour réaliser les tiges du décors végétal :

Gros plan sur une broderie médiévale brodée en or et fils colorés, le tout très abimés.
Il y a un personnage un peu en relief dont le visage, les cheveux sont brodés au fil de soie et la tunique au fil d'or très oxydé.
A côté, une plante dont les tiges sont brodés avec un fil d'or très abimé posé sur le tissu et fixé par de petits points.
Les fleurs, ou glands sont en relief.
Photographie : Hémiole.
Aumônière trapézoïdale hybrides musiciens, Paris, 1330-1350. Détail.

Ici, le fond est couvert de couchure de fil d’or et le point de boulogne est réalisé au fil de soie coloré pour dessiner le contour des fleurs polychromes qui constituent le décors :

Détail d'une broderie médiévale d'un motif végétal en rinceaux.
Le fond est brodé au fil d'or, en point de couchure fixé au fil rouge en motif de bâton rompus.
Les motifs végétaux sont brodés aux fils de soie colorée dont le contour est brodé avec un fil de soie bleue plus épais en point de couchure.
Photographie : Hémiole.
Fragment d’orfrois à décors végétal. Anciens Pays-Bas, XVe ou XVIe siècle.

Appliqué

L’appliqué est une technique qui consiste à découper la forme décorative voulue dans un tissu contrasté et à le coudre au moyen d’un point décoratif (ou non) sur le tissu de fond. On peut utiliser le point de Boulogne comme point décoratif. Technique utilisée pour sa rapidité, on la retrouve sur des remplois de broderies, aussi bien sur des aumônières, des bannières et étendards :

Détail de la broderie d'un blason, brodé sur un tissu puis découpé et cousu sur une toile rouge.
Photographie : Laetitia Martini.
Musée de Sens, broderie (probablement XIVe siècle) : on remarque un point de Boulogne prenant plusieurs fils qui suit le bord de la pièce appliquée.

Cette technique est également utilisée pour créer des tapisseries figuratives :

Photo en noir et blanc d'une broderie médiévale.
Un personnage en armure assassine un dragon en plantant son épée dans la gueule de l'animal.
La broderie est réalisée avec des formes de tissus colorés découpées et cousues sur le tissus de fond avec des points de couchure.
Tapisserie, allemagne, 1370-1400. Victoria & Albert museum.

Broderie de remplissage au fil d’or

Le point de Boulogne a été utilisé pour le remplissage au fil d’or. Selon la manière d’agencer les points de couchures (ou points rachés), on obtient des motifs et des textures différentes. Les broderies médiévales nous offrent de ce point de vue, une grande variété.

Détail d'une broderie d'or médiévale : un ange brodé au fil d'or (sauf le visage et la main, tout le reste est recouvert de fils d'or.
Photographie : Hémiole.
Fragment de vêtement liturgique ou de devant d’autel, basse-saxe, vers 1210-1230.

Mais avant de faire un tour de ces textures, je vous propose de nous intéresser en premier à un détail intéressant.

En effet, dans ce type de broderie, il est d’usage d’utiliser 2 fils d’or travaillés ensemble, de les travailler en lignes horizontales parallèles et continues pour remplir la zone. Ainsi, à chaque fois que l’on atteint le bord de la zone, il faut faire faire un demi-tours aux fils d’or. Il existe différentes techniques pour réaliser ces demi-tours. Je vous propose à travers cet exemple d’observer la technique utilisée au moyen-âge. Lorsque l’on observe ces broderies de près, on se rend compte que les bouts des lignes ne sont fixées que par un point de couchure et qu’il ne semble pas y avoir de soin particulier pour éviter que les 2 fils d’or se croisent sur le demi-tour3 :

Très gros plan sur les bords d'une broderie d'or, on voit le tissu de fond au delà de la bordure.
Il n'y a pas de contour.
Photographie : Hémiole.
Fragment de chasuble brodée, Pays germaniques, 2eme moitié du XIIe siècle.
Couchure en brique

Le motif en brique est très fréquent dans la broderie médiévale, que se soit avec le point de Boulogne, en couchure retirée (voir plus bas) ou dans l’opus teutonicum.

Gros plan sur une broderie médiévale. Un carré dans lequel 2 oiseaux verts (on dirait des perruches) qui se font face et qui tiennent des fleurs dans leur bec.
Le fond est brodé en fil d'or couchés dans le sens vertical. Ils sont fixés 2 par 2 et les points de fixation sont disposés en quinconce.
Photographie : Hémiole.
Orfrois. Gérone, XIVe siècle.
Couchure en chevrons

Un des motif fréquemment utilisé est le chevron. On le voit sur ces différents exemples, le fil de couchure (celui qui fixe le fil d’or) peut être d’une couleur approchant l’or et on devine alors une texture qui va se révéler avec les jeux de lumières et de reflets :

Détail d'une broderie : une scène avec 3 personnages grotesques qui martyrisent un personnage nu au sol.
Les personnages sont brodés au fil de soie colorés.
Le fond est brodé au fil d'or couché verticalement. Le motif est des chevrons très pointus. Les chevrons sont d'épaisseur différentes : très fins et plus épais.
Photographie : Hémiole.
Parure d’aube : scènes de martyres. Angleterre vers 1340-1360

Mais il peut également être de couleur contrastée (le rouge étant la couleur la plus commune sur l’or) de sorte à créer un motif qui se lit directement en couleurs :

Gros plan sur une broderie aux fils colorés et or.
Le fond est brodé au fil d'or couché verticalement avec un motif de chevrons. Les chevrons sont aussi larges que haut.
Les points de fixation sont brodés au fil rouge au moyen de 2 petits points très rapprochés et une longueur plus grande de fil d'or laissé libre. Ce qui donne l'impression qu'il y a une alternance entre chevrons dorés et chevrons rouges.
Photographie : Hémiole.
Médaillon, détail. Cycle brodé de la légende de saint Martin, cours de René d’Anjou, vers 1430.

On trouvé néanmoins des exemples où ces couchures de remplissage sont réalisées avec d’autres fils que du fil d’or, le sol de cette aumônière est brodé avec une couchure en chevrons brodée au fil de soie :

Une aumônière médiévale brodée aux fils de soie colorée. Le motif est une scène courtoise : un homme et une femme sont assis dans l'herbe sous des arbres avec des oiseaux.
Les personnages sont brodés façon peinture à l'aiguille et le fond est brodé en couchures.
L'herbe est brodée avec un motif de chevrons et le fond derrière les arbres est brodé avec un motif de losanges.
Photographie Laetitia Martini .
Aumônière, XIVe siècle, France, Musée de Sens.
Couchure en diamant

Les motifs en losanges, ou en variations de losanges, dits diamant en textile sont également très fréquents dans les couchures au fil d’or. Également travaillés de différentes manières : avec des fils de même couleur ou contrastés.

Ici, nous retrouvons le fil rouge et un remplissage du losange qui fait de l’or, non plus la couleur dominante mais un fond du motif :

Très gros plan sur une broderie d'or et de soie colorée.
On voit un sol, brodé au fil d'or couché horizontalement.
Le fil d'or est fixé avec des points au fil rouge qui forment un motif de losanges qui ressemblent à des carreaux de pavement.
Photographie : Hémiole.
Scènes de vies du bienheureux Pierre Igné, des saints Jean Gualbert, verdiane et Humilité, Florence, milieu du XVe siècle.

Ici les points de couchure, même s’ils dessinent un losange forment un motif plus élaboré :

Détail d'une broderie représentant une scène de présentation d'enfant. Les personnages sont brodés au fil de soie colorée.
Le fond est brodé au fil d'or avec un motif de losanges très allongés verticalement. Dans les losanges, le motif a en plus une sorte de motif de fleurs géométriques.
Photographie : Hémiole.
Parure d’aube : scènes de martyres. Angleterre vers 1340-1360

Enfin, sur cette vue de côté, on peut remarquer que selon l’agencement des points réalisés, on peut créer un relief. Dans ce cas, la ligne de points de couchure ne dessine pas un losange. Celui-ci est rempli de points de couchure et ce sont les flottés de fils d’or qui le font apparaître en relief :

Détail d'une broderie médiévale avec un agneau pascal. La photo est prise de manière rasante avec la broderie pour montrer le léger relief sur le fond.
Photographie : Hémiole.
Saint Jean-Baptiste, France vers 1410.
Bâtons rompus

Autre motif très fréquent : les bâtons rompus4. Ici encore, différentes manières de le travailler pour des textures différentes.

Un autre détail de la broderie que nous observons à chaque motif nous permet de relever que le fond de chaque scène qui est séparée sur la pièce par un pilier d’arcade, est traité différemment. De la même manière que les enluminures alternent parfois des fonds colorés de couleurs contrastées le fond brodé de cette pièce historiée change a chaque scène :

Détail d'une broderie : une scène avec différents personnages dont au centre, un personnage sur un cheval de face.
Les personnages sont brodés au fil de soie colorés.
Le fond est brodé au fil d'or couché verticalement. Le motif forme une sorte de treillis ou de tissage avec des lignes qui s'entrecroisent avec une alternance "dessus dessous".
Photographie : Hémiole.
Parure d’aube : scènes de martyres. Angleterre vers 1340-1360

Sur ce fragment, travaillé en partie en appliqué et en rond de bosse, le fond est travaillé de sorte à créer un léger relief.

Gros plan sur le fond d'une broderie, brodé au fil d'or.
Le motif formé par les points de couchure ressemple à des carreaux formés par un entrecroisement de lignes façons tissage. Et les carreaux sont divisés en 4 carreaux.
Photographie : Hémiole.
Fragment d’orfrois : Anges, Pays germaniques (?) Flandre (?) fin XVe siècle.
Autres textures

Les motifs et textures créés par les points de couchures sont très vastes. Les exemples précédents sont ceux que l’on retrouve le plus fréquemment à cette période. Notons par exemple le travail sur l’auréole qui en souligne la forme et l’écartement des points qui crée un dégradé :

Gros plan sur un visage brodé au fil de soie colorée avec une auréole brodée au fil d'or couché avec des fils rouges et jaune.
Le motif créé par la couchure rayonne en courbe en partant du visage. Les rayons s'écartent vers l'extérieur et les points de fixation sont rouges vers le centre et jaune vers l'extérieur.
Photographie : Hémiole.
Chasuble : Crucifixion. Cologne 2ème moitié du XVe siècle.

Couchures sur cordonnet

Afin de donner encore plus de relief aux broderie, il est possible d’appliquer un cordonnet sur le tissu avant de broder au point de couchure. Ces techniques se sont particulièrement développées à la fin du moyen-âge. Voici quelques exemples :

Ici, le cordonnet est disposé perpendiculairement à la couchure et en alternant la disposition des points de couchure, on obtient un motif de brique très accentué.

Gros plan sur une broderie médiévale au fils de soie colorée et au fil d'or.
On voit un personnage (évêque) dont les vêtement sont au fil de soie et les bordures, décors, accessoires au fil d'or avec pleins de techniques différentes et diverses épaisseurs de fils d'or.
Le fond est brodé en couchure d'or avec un treillis au fil d'or par dessus.
La bordure est brodée au fil d'or également. Le fil de la bordure est couché verticalement, les points de fixations fixent 3 fil d'or en même temps en quinconce pour former un motif de briques en relief par dessus des cordelettes.
Photographie : Hémiole.
Médaillon, détail. Cycle brodé de la légende de saint Martin, cours de René d’Anjou, vers 1430.

Le quadrilobe entourant les personnages, ainsi que quelques éléments du décors sont travaillés en relief sur cordonnet. Cette disposition rappelle l’orfèvrerie et l’émail5 :

Détail d'une bande brodée  centrée sur un médaillon en forme de quadrilobe dans lequel est brodé un évêque en soie colorée.
Le fond du médaillon est brodé en couchure.
Les rinceaux des côtés ainsi que la bordure du quadrilobe sont brodés en couchure en relief sur cordonnet.
Photographie : Hémiole.
Fragment d’orfroi : évêque. Florence fin XIVe – début XVe siècle.

Sur cette mitre, la couchure d’or, pour les éléments architecturaux comme les piliers, est réalisée perpendiculairement au cordonnet de sorte à former la colonne en relief. Il ne s’agit pas uniquement d’une texture décorative mais bien d’un élément du décors qui est travaillé de manière plus réaliste :

Détail d'une mitre brodée au fil d'or au fil de soie et avec des perles.
Sur la mitre, il y a des décors architecturaux qui sont brodés au fil d'or en couchure sur du cordonnet.
Les personnages sont brodés légèrement en relief également.
Certaines parties sont rehaussées de lignes de perles.
Photographie : Hémiole.
Mitre brodée de la Sainte-Chapelle, Paris, vers 1375-1390.

Sur ce devant d’autel brodé sur le thème de la Passion, le fond des scènes, brodé d’or est décoré de motifs floraux (motif de vigne) réalisés au cordonnet qui donne son relief à la couchure. Il semble que ce type de décors soit une des caractéristique de l’œuvre florentine de cette période (Opus Florentinum).

Photo rasante en très gros plan d'une broderie médiévale on voit un fond brodé au fil d'or en couchure. On voit que le fond est brodé sur une corde qui forme des rinceaux en relief.
Photographie : Hémiole.
Antependium : Cène, christ au Jardin des Oliviers, Baiser de Judas, Portement de Croix, Crucifixion, Résurrection, Descente aux limbes, Noli me tangere, Pèlerins d’Emmaüs, Apôtres. Florence, XIVe siècle.

Sur cet autre détail de la même pièce, l’or a disparu dans de large zones laissant entrevoir le cordonnet qui est cousu en dessous :

Photo de la même broderie dans une partie très abimée. On voit un personnage brodé en soie colorée dont l'auréole est brodée au fil d'or en suivant la forme du cercle.
Le fond est abimé également est brodé au fil d'or qui a disparu en laissant apparaitre la cordelette qui est couchée pour former un décors végétal.
Photographie : Hémiole.
Antependium, Florence, XIVe siècle.

Or nué

L’or nué est une technique de couchure de fils d’or particulièrement impressionnante qui apparaît vers le milieu du XVe siècle. Dans cette technique, le fil d’or est couché horizontalement de sorte à recouvrir entièrement la surface et des fils de soie colorés sont utilisés pour la couchure. Ces fils de soie, brodés de manière plus ou moins rapprochée vont créer des dégradés et des nuances d’une grande subtilité, permettant ainsi de donner tout le relief et le modelé au dessin brodé. Ceci est particulièrement visible sur les manches du détail de cette croix de chasuble :

Gros plan sur la broderie en or du buste d'un homme.
La broderie est entièrement recouverte de fil d'or couché horizontalement.
Les points de fixation sont brodés avec des fils colorés.
Les fils colorés de couchure, de différentes couleurs, sont brodés de manière plus ou moins espacés pour laisser apparaître le fil d'or.
Photographie : Hémiole.
Croix de chasuble : adoration des Mages, Circoncision, Présentation au temple. Amsterdam, avant 1490.

Couchure retirée

La couchure retirée est typique des premiers temps de l’opus anglicanum6. On retrouve ce point dans de nombreux ouvrages de broderie d’or des XIIe et XIIIe siècles.

La spécificité de la couchure retirée c’est que le fil de couchure n’y est pas visible. Ce point donne l’impression que le fil d’or est passé à travers le tissu, comme s’il était brodé normalement, alors qu’il s’agit bien d’un point de couchure :

Gros plan sur la broderie d'or très oxydé d'une femme en position de prière.
Les vêtements sont brodés au fil d'or en couchure verticale mais on ne distingue pas les points de couhure.
Photographie : Hémiole.
Orfrois de chasuble. France ou Angleterre, seconde moitié du XIIIe siècle.

Sur cette broderie réalisée au point de couchure retirée, les animaux sont brodés avec une couchure horizontale. En revanche les entrelacs et floraisons dans le décors suivent la courbe du motif :

Détail d'une broderie d'or d'entrelacs au fil d'or sur un tissu de fond bleu. Il y a une sorte d'oiseau/dragon avec des entrelacs, le tout avec des contours brodés au fil rouge.
Photographie : Hémiole.
Paire de sandale liturgique. Angleterre ou France, XIIe siècle.

Couchure burden

La couchure burden diffère des autres couchure en ceci que les fils couchés ne recouvrent pas entièrement le tissu de fond. Ils sont disposés en rangs écartés et ne vont apparaître que par endroit sous les points de couchure. De fait, ce point se prête particulièrement bien à l’usage du fil d’or qui va créer un reflet brillant perceptible sous les fils de soie colorés.

Gros plan sur une broderie au fil d'or et de soie colorée.
Il s'agit d'une vague,, le fil d'or est brodé en lignes légèrement écartées qui suivent le mouvement de la vague.
Il est recouvert par des fils de soie colorée en nuances de bleu et de beige. Les points de soie colorée sont disposés en quinconce et laissent apparaître le fil d'or par endroit.
Photographie : Hémiole.
Panneau rectangulaire et cintré. Cycle brodé de la légende de saint Martin, cours de René d’Anjou, vers 1430.

En ça, on peut rapprocher la couchure burden de l’or nué mais dans le cas de l’or nué, le fil d’or recouvre bien entièrement le fond.

Point de couvent

Le point de couvent a ceci de particulier parmi les points de couchure qu’il se travaille avec une seule aiguillée : le fil couché et le fil de couchure sont identique. Il permet de couvrir de grande surfaces avec une texture qui imite beaucoup la tapisserie. Les exemples de point de couvent connus pour cette période sont réalisés en fil de laine.

C’est le cas du tapis de la création

Gros plan sur une broderie colorée au fil de laine. Il s'agit d'un bâtiment.
Photographie : Hémiole.
Tapis de la création. Gérone, XIIe siècle7.

On retrouve également ce point utilisé dans certaines broderies des couvents en Allemagne parfois au côtés d’ouvrage de l’opus teutonicum. C’est le cas par exemple de la tapisserie de l’Abbaye de Lüne.

Point de Bayeux

Si le point de Bayeux, ou point d’Orient est très connu pour être le point principal de la broderie de Bayeux, il a été utilisé encore, souvent par petites touches dans les orfrois de la fin du moyen-âge.

Soit parfois par petites touches de soies colorées comme ce détail de 4cm environ sur une broderie mesurant 75cm de haut par 175 : de long :

Gros plan sur une broderie centrée sur un petit bateau ou un panier (?) qui transporte 3 oiseaux.
Le bateau est brodé au point de Bayeux avec des fils de soie jaune qui suivent la forme de la coque et dont les barrettes perpendiculaires sont brodées en vert.
Photographie : Hémiole.
Parement d’autel. France, vers 1320-1330.

Mais la couchure d’orient a également été utilisée avec le fil d’or. Dans ce cas, le fond est brodé en soie colorée tandis que les longs points lancés sont réalisés au fil d’or puis fixés au fil de soie.

Gros plan sur la broderie de l'aile d'un ange.
L'aile est recouverte de fils colorés qui forment une ligne rouge, jaune puis verte.
Des barrettes horizontales légèrement espacées sont brodées avec 2 fils d'or couchés.
Photographie : Hémiole.
Fragment d’orfrois : Anges, Pays germaniques (?) Flandre (?) fin XVe siècle.

Conclusion

A travers ces exemples, j’ai essayé de vous montrer la diversité des points de couchure et de leurs usages tout au long du moyen-âge. Ces points ont été utilisés dans des contextes et des styles de broderies très différents. a travers toute l’Europe et pendant toute cette période, on utilise abondamment les fils de couchure dans toutes leurs variations. De la couture décorative, aux plus riches broderies d’or, les points de couchure trouvent toujours une nouvelle facette à faire découvrir.

Si vous souhaitez mettre en pratique les points que je viens de vous décrire vous pouvez vous procurer un de mes kits de broderie. Je présente également les points abordés dans ce kit dans une série de vidéos sur ma chaîne YouTube.

Bien entendu la fin du moyen-âge ne signe pas la fin de l’usage des points de couchure. Utilisés encore tout au long de l’histoire, selon les modes et les styles de broderie en vogue, aujourd’hui encore, des artistes de la broderie ré-inventent les points de couchure.

Les exemples que je vous ai présentés, proviennent en grande partie des pièces exposées au musée de Cluny lors de l’exposition : l’art en broderie au moyen-âge.

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Notes

  1. Charles-Germain de Saint-Aubin, L’art du brodeur. 1770. ↩︎
  2. voir Else Ostergard, woven into the earth, Textiles from norse Greenland, Aarhusuniversity press 2004. ↩︎
  3. On est donc très loin de ce qui est enseigné aujourd’hui, même si les techniques varient entre différentes écoles, les 2 fils couchés restent toujours bien parallèles sans se croiser ni se superposer. ↩︎
  4. Jessica Grimm me fait remarquer en commentaire que le bâton rompu est même le motif le plus utilisé, d’après un comptage sur un corpus de plus de 300 pièces. ↩︎
  5. L’art en broderie au moyen-âge, autour des collections de Cluny ; sous la direction de Christine Descatoire ; Éditions de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2019. ↩︎
  6. Browne C., Davies G., Michael M. A. ; English Medieval Embroidery: Opus Anglicanum ; Victoria & Albert Museum ; Yale University Press ; 2016. ↩︎
  7. Castiñeras M. ; Le tapis de la création ; Catedral de Girona ; 2011. ↩︎

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